Calls for Papers

And/or contributions sought

CALL FOR PAPERS - Society for Renaissance Studies 12th Biennial Conference


Conference dates: 30 June - 3 July 2027 | Warburg Institute & Senate House, University of London

Submissions deadline: 25 September 2026

The 12th Biennial Conference of the Society for Renaissance Studies, The Renaissance beyond Borders, envisions the Renaissance as a dynamic, interconnected process that transcends the chronological and geographical limitations of a fixed European moment. Bringing together scholars from across disciplines, it encourages narratives that trace the movement of ideas, texts, images, everyday artefacts and peoples across regions from the Mediterranean to Asia and the Americas. The conference foregrounds exchange, adaptation and processes of circulation as central forces of cultural renewal, while also interrogating the asymmetrical conditions under which such transformations occurred. Hosted in London, the conference additionally celebrates the city's long-standing role as a global crossroads – past and present – where diverse intellectual traditions meet, intersect, and continue to reshape our understanding of history.

The main strands of the event are as follows:

The Renaissance Beyond Europe

Beyond the Medieval-Renaissance Divide

London as Global City (including Migration and Multilingualism)

Object-Based Research

We invite researchers across the many fields of Renaissance and Early Modern studies — for instance, Art History, English and Comparative Literature, Modern Languages, Neo-Latin, New Ancient Greek, History, Music — as well as museum and gallery practitioners, curators, educators, and creative practitioners to submit proposals. 

 

More info and submission here.

 

"Perspectives croisées francophones et anglophones sur les recherches viatiques" 

Aix, 16-18 septembre 2026  — « Nouvelles perspectives croisées francophones et anglophones sur les recherches viatiques »

 

Seuils et Traverses

Centre de Recherches sur la Littérature des Voyages

Société d’Étude de la Littérature de Voyages du Monde Anglophone

 

16-18 Septembre 2026, Aix-Marseille Université (AmU).

 

Langues du colloque : anglais et français.

Dépôt des propositions sur le site: https://voyage.sciencesconf.org/?lang=fr

Date limite pour l'envoi des propositions : 15 février 2026.

Notification d'acceptation : 13 mars 2026.

 

Nous invitons les chercheurs intéressés par l'étude des récits de voyage à participer à l'édition 2026 de la série de colloques « Seuils et Traverses ». Le colloque international se tiendra à Marseille, une ville façonnée par les voyages, et à Aix-en-Provence, en France.

Les communications dureront 20 minutes et des panels de 3 intervenants seront proposés auprès de chercheurs travaillant dans tous les domaines liés aux études sur le voyage, notamment les études littéraires, l'histoire, la géographie, l’environnement, l'histoire de l'art, la traductologie, l'anthropologie, l'histoire et les études sur les médias. L'événement est également ouvert aux arts créatifs.

Les propositions de communication portant sur toutes les périodes séculaires et sur tous les contextes géographiques sont les bienvenus, tout comme les propositions émanant de chercheurs confirmés, de chercheurs en début de carrière, d'étudiants diplômés et de chercheurs indépendants.

Il n'y a aucune restriction concernant les corpus autres que ceux en français ou en anglais. La langue du colloque sera l'anglais ou le français, mais les propositions peuvent porter sur des textes en langues étrangères.

Les organisateurs peuvent n’envisager qu’un nombre limité de propositions pour cet évènement. La participation en présentiel est préférable, mais la conférence sera largement diffusée et un format hybride peut être aussi envisagé.

 

L’évolution de la littérature de voyage nécessite une approche historiographique qui soutienne l’analyse des épistémologies renouvelées du domaine et des études sur la littérature de voyage. Le présent colloque international de Borders and Crossings permettra donc des réflexions sur l’épistémologie de la littérature de voyage en tant que genre, ainsi que sur l’épistémologie des études sur la littérature de voyage. Il vise à explorer les récits de voyage récents et à revisiter les récits de voyage classiques à la lumière de modes de lecture diversifiés qui pourront s’organiser autour des thématiques suivantes :

 

Sessions:

Seuils et traverses : voyages, exils, refuges, migrations, frontières, circulations

La nature dans les écrits de voyages

Récits viatiques au féminin

Décentrement des regards

Travellers and Travellees

Voyage et race

Sensorialités du voyage : ouïe, vue, toucher, odorat, goût

Les voix autochtones dans le récit de voyage

Émotions en mobilité

Savoirs et ignorances viatiques : connaitre l'inconnu

 Les belles infidèles : traduction des transcriptions

Voyage et identités

Errances vs voyages organisés

Voyage et santé

Voyage et handicap (études critiques du handicap, disability studies)

Voyages de retour aux pays d’origine (Travelling home)

Réception : le public des récits de voyage

 La bibliothèque du voyageur

Le monde du livre viatique : voyageurs, traducteurs, illustrateurs, éditeurs, critiques

Voyage et création

Voyages et numérique

Voyages et IA

Voyage et apprentissage des langues étrangères

Théories du voyage et de l’écriture viatique

Arts de Voyager

Voyage et littérature jeunesse

 Voyage et didactique : le voyage dans les romans nivelés destinés à l’apprentissage des langues étrangères

 Voyage et arts graphiques

Voyage et Decolonial Turn

Blue and green studies : voyage et environnement

Les actes seront publiés. Le lieu de publication sera soumis au vote du comité scientifique à l’issue du colloque, après avoir entendu les communications.

Veuillez déposer vos propositions d'environ 250 mots pour un article individuel ou jusqu'à 500 mots pour une proposition de panel, accompagnées d'une brève biographie et de votre affiliation universitaire avant le 15 février 2026 sur le site: https://voyage.sciencesconf.org/?lang=fr

Contact: Emmanuelle Peraldo (emmanuelle.peraldo@univ-amu.fr) et Sylvie Requemora (sylvie.requemora@univ-amu.fr)

 

Comité d’organisation :

Sylvie Requemora (AmU), Emmanuelle Peraldo (AmU), Charles Forsdick (Cambridge Univ., UK), Absa D Agaro, (Appui à la Recherche AmU), Viktoria Kokonova (AmU), Capucine Zgraja (AmU), Lauriana Dumont (AmU et UniCA).

 

Comité scientifique :

Sylvie Requemora, AmU, France.

Emmanuelle Peraldo, AmU, France.

Charles Forsdick, Cambridge Univ., Royaume-Uni.

Luigi Marfè, Padova Univ., Italie.

Javier Alonso Prieto, Univ. de Valladolid, Espagne.

Christina Kullberg, Uppsala Univ., Suède.

Burghart Schmidt, ZHRF, Allemagne.

Vanezia Parlea, Bucarest univ., Roumanie.

Irini Apostolou, Nationale et Capodistrienne Univ. d’Athènes, Grèce.

Gábor Gelléri, Université d’Aberystwyth, Pays de Galles.

 

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English version

Call for Papers

« New Francophone and Anglophone cross-perspectives on travel writing »

 

Borders and Crossings Conference,

16th-18th September 2026, Aix-Marseille University

Centre de Recherches sur la Littérature des Voyages (CRLV)

Société d’Étude de la Littérature de Voyages du Monde Anglophone (SELVA)

Conference language: English and French

Submit proposals on the website: https://voyage.sciencesconf.org/?lang=fr

Deadline for abstracts: February, 15th, 2026

Notification of acceptance: March, 13th, 2026

 

We invite scholars with an interest in the study of travel writing to the 2026 edition of the Borders and Crossings  Conference series. The conference will be held in Marseille, – a town that was shaped by travels – and in Aix-en-Provence, France.

Proposals for 20-minute papers and for panels of 3 speakers are sought from scholars working in all areas of travel studies, including literary studies, history, geography, blue studies, green studies, art history, translation studies, anthropology, history and media studies. The event is also open to the creative arts, and we are actively seeking expressions of interests from artists, working in any medium, who would like to link their activity to the conference.

Paper proposals from any time period or geographic context are warmly welcome as are proposals from established scholars, early career researchers, graduate students and independent scholars.

There is no restrictions on French or English texts. The conference language will be English or French, but proposals may relate to texts in foreign languages.

The organizers can consider a limited number of additional proposals for this conference. In-person attendance is preferred for proposals, but the conference will be widely broadcast and a hybrid format may be considered.

The evolution of travel literature requires a historiographical approach that supports the analysis of renewed epistemologies in the field of travel writing studies. This international conference of Borders and Crossings will therefore provide an opportunity to reflect on the epistemology of travel literature as a genre, as well as on the epistemology of travel literature studies. It aims to explore recent travel writings and revisit classic travelogues in light of diverse modes of reading.

Topics may include, but are not limited to:

- Borders and crossings: journeys, exile, refuge, migration, borders, movement

- Nature in travel writing

- Women's travel narratives

- Shifting perspectives

- Travellers and Travellees

- Travel and race

- The senses of travel: hearing, sight, touch, smell, taste

- Indigenous voices in travel writing

- Emotions in motion

- Travel knowledge and ignorance: knowing the unknown

- The « belles infidèles » : translating transcripts

- Travel and identities

- Wandering vs. organized travel

- Travel and health

- Travel and disability (critical disability studies)

- Return trips to countries of origin (travelling home)

- Reception: the audience for travel writing

- The traveller's library

- The world of travel writing: travelers, translators, illustrators, publishers, critics

- Travel and creativity

- Travel and digital technology

- Travel and AI

- Travel and foreign language learning

- Theories of travel and travel writing

- The art of travelling

- Travel and children's literature

- Travel and teaching: travel in novels designed for foreign language learning

- Travel and graphic arts

- Travel and the decolonial turn

- Blue and green studies: travel and the environment

 

The papers will be published. The place of publication will be decided by a vote of the scientific committee at the end of the conference, after hearing the presentations.

 

Please send proposals of approximately 250 words for a single paper or up to 500 words for a panel proposal, along with a short bio note and your academic affiliation before February 15th 2026 here: https://voyage.sciencesconf.org/?lang=fr

Contact: Emmanuelle Peraldo (emmanuelle.peraldo@univ-amu.fr) and Sylvie Requemora (sylvie.requemora@univ-amu.fr)

 

Organizing committee:

Sylvie Requemora (AmU), Emmanuelle Peraldo (AmU), Charles Forsdick (Cambridge Univ., UK), Absa D Agaro, (Appui à la Recherche AmU), Viktoria Kokonova (AmU), Capucine Zgraja (AmU), Lauriana Dumont (AmU et UniCA).

 

Scientific committee:

Sylvie Requemora, AmU, France.

Emmanuelle Peraldo, AmU, France.

Charles Forsdick, Cambridge Univ., United Kingdom.

Luigi Marfè, Padova Univ., Italy.

Javier Alonso Prieto, Univ. de Valladolid, Spain.

Christina Kullberg, Uppsala Univ., Sueden.

Burghart Schmidt, ZHRF, Germany.

Vanezia Parlea, Bucarest univ., Roumania.

Irini Apostolou, Nationale et Capodistrienne Univ. d’Athènes, Greece.

Gábor Gelléri, Université d’Aberystwyth, Wales.

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ». Les couleurs fugaces du visage dans la littérature française du XVIe au XVIIIe siècle

Journée d’étude organisée par Nathalie Godnair (CESR de Tours), Adeline Lionetto (Sorbonne Université) et Élodie Ripoll (Université de Trèves / Universität Trier)

Comité scientifique : Jean-Christophe Abramovici (Sorbonne Université), Damien Fortin (Sorbonne Université), Jérôme Laubner (Université Paul Valéry de Montpellier), Nina Mueggler (Université de Neuchâtel – Suisse) ainsi que les trois organisatrices.

De nombreux colloques ont été consacrés, ces dernières années, au visage humain[1]. Dans des sociétés occidentales où le numérique est de plus en plus utilisé pour modéliser et transformer les visages qui circulent sur les réseaux sociaux ou dans l’espace public, mais aussi à l’ère de la reconnaissance faciale, le visage se charge en effet d’un paradoxe : caché derrière des filtres qui lui appliquent des normes qui gomment ses spécificités, il demeure pourtant le siège irréductible de l’individualité. Ces filtres uniformisent ses couleurs, font disparaître les creux et les ombres pour faire de ce qui nous distingue toutes et tous un véritable masque numérique sur lequel nulle tache ou anomalie colorée ne se laisse distinguer. La variation rapide des couleurs du visage traduit pourtant très souvent le vécu émotionnel d’un individu : les filtres actuels qui s’appliquent aux photographies mais aussi aux vidéos suppriment la possibilité de voir s’exprimer sur nos visages quelque émotion que ce soit. Bien en amont de ces phénomènes contemporains, c’est à la représentation littéraire de ce lien entre émotions et couleurs de la face que nous aimerions nous intéresser. 

Dans les études littéraires, et plus précisément dans les travaux portant sur les couleurs, le visage ne tient en effet qu’une place réduite. Les « changements de couleur[2] », comme les a nommés Descartes, sont pourtant fréquents en littérature. L’une des citations les plus connues de Phèdre montre ainsi le personnage éponyme soumis à un choc si violent que son corps passe d’un extrême à l’autre, sa peau trahissant ses secrets, tandis qu’au siècle suivant, la rougeur constitue l’un des « topoï du roman au XVIIIe siècle[3] ». Or, si le rougissement a été déjà abordé par la critique, le palissement comme les changements de couleurs successifs n’ont que très rarement été étudiés[4]. Pourtant, les implications de ces réactions physiologiques sont nombreuses et vont de l’histoire des émotions et du genre[5] à l’épistémologie visuelle[6]. 

Nous avons choisi de limiter notre corpus aux textes français du XVIe siècle au XVIIIe siècle. En effet, par contraste avec les visages stéréotypés du Moyen Âge, l’historien de l’art André Chastel évoque une « Renaissance pleine de visages », grande époque, selon toute une tradition historiographique, de l’affirmation de l’individu et de son arrachement au groupe. C’est aussi à cette période que l’on accorde une attention plus grande aux couleurs passagères de ces visages, des couleurs fugaces vues comme les signes accidentels des émotions. Le discours médical sur les couleurs hérite en effet de l’essor du genre médiéval des régimes de santé[7], mais aussi de la diffusion de plus en plus large de traités de médecine antique comme les Aphorismes d’Hippocrate, le Tegni de Galien ou l’Isagoge ad Tegni Galieni de Johannitius, qui consacrent des développements spécifiques aux diverses couleurs du corps. Sous la plume de plusieurs commentateurs médiévaux, se dessine ainsi peu à peu la catégorie des « couleurs spirituelles », ou des couleurs « non-naturelles[8] ». On observe par ailleurs une lente inflexion des traités de physiognomonie, qui s’intéressent peu à peu non seulement aux signes fixes du visage, représentatifs d’un tempérament donné, mais aussi à des signes plus accidentels jusque-là absents de cet art de lire les visages, parmi lesquels les changements de couleur[9].

Le déchiffrement du corps demeure un sujet majeur à l’âge classique[10]. Descartes aborde longuement les « signes extérieurs des passions[11] » comme les « changements de couleur », surtout la rougeur, tantôt associée à la honte[12], à une forme de pudeur[13], le fameux « vermillon de la honte[14] », comme l’a nommé Somaize. Ce phénomène physiologique, apparemment discret, réalise la synthèse de plusieurs grandes préoccupations de l’âge classique : les passions de l’âme, le corps éloquent pris entre simulation et dissimulation[15], mais aussi l’obscénité qui résonne dans les habitudes langagières, les débats sur l’honnêteté, la pudeur des femmes ou encore les bienséances artistiques[16]. La rougeur « n’est plus une marque de spontanéité mais le signe de l’inconfort d’une femme tenue de réprimer l’authenticité de ses émois pour paraître innocente », dévoilant ainsi « la violence d’un code social qui soumettait le corps féminin à une surveillance de tous les instants[17] ».

Si la physiognomonie perd son autorité au XVIIIe siècle[18], l’interprétation des couleurs du visage se poursuit sur de nouvelles prémisses. Le modèle des passions est abandonné au profit du sentiment, une « catégorie plus subtile et variée, et surtout plus positive[19] ».  Parallèlement, l’influence des sciences naturelles et l’avènement de l’empirisme mènent à « une revalorisation de l’observation et une nouvelle confiance dans les données des sens » qui « modifie la manière même d’écrire[20] » entraînant un « renouveau des pratiques descriptives[21] » dès les années 1760 dans les belles-lettres.

L’intérêt pour les couleurs passagères des individus prendra une nouvelle dimension au XIXe siècle : certes « l’expressivité en public[22] » décline mais la description s’autonomise en littérature et de nouvelles techniques de l’observateur apparaissent[23] - tous ces nouveaux enjeux entérinent la rupture avec les siècles précédents justifiant nos bornes temporelles.

Au sein des différents genres, ces mentions colorées revêtent par ailleurs des enjeux différents qui méritent d’être considérés dans leurs spécificités. Dans les romans, les changements de couleur, aussi fugaces soient-ils, repoussent ainsi les limites traditionnelles entre narration et description : ils font progresser l’intrigue à travers l’analyse des émotions et la communication non-verbale des personnages tout en témoignant des évolutions des manières de voir et de décrire. Rougeur et pâleur sont des instantanés chromatiques à part entière, variant en intensité (ou en saturation) selon la force de l’émotion tandis que rougissement et palissement rendent compte de la dimension cinétique de ces phénomènes. On parle certes de couleurs mais cette perception visuelle dépasse les simples tonalités. Il est question de clarté, de saturation, mais aussi d’éclat du teint, de fraîcheur de la peau : la brillance est une autre qualité visuelle (parachromatique).

En poésie, les blasons du corps féminin ne sont pas dépourvus de notations colorées mais ces couleurs sont généralement fixes, comme si elles avaient été déposées par un peintre sur la surface d’une toile ou d’une statue, ce qui confère une apparence stable et immuable à la femme évoquée. Le visage féminin est ainsi bien souvent, dans la poésie de la Renaissance, saisi dans son invariabilité alors que la prose du roman sentimental de la même époque (songeons aux Angoisses douloureuses qui procèdent d’amour d’Hélisenne de Crenne, à Melicello de Jean Maugin ou encore à L’Amant ressuscité de la mort d’amour, attribué à Nicolas Denisot) traite justement de la perturbation de cette disposition des couleurs par les émotions. L’agitation intérieure vient de fait altérer l’apparence du visage. Toutefois une certaine porosité existe entre poésie et roman et certains portraits féminins sont traités, chez Hélisenne de Crenne par exemple, selon les codes du blason, genre à la mode au moment de la composition des Angoisses douloureuses qui procèdent d’amour. 

De manière plus explicitement didactique, les couleurs passagères apparaissent enfin dans des traités relevant de domaines aussi variés que la médecine, la physiognomonie, la théologie ou la civilité. Il s’agit alors d’indiquer au lecteur (qu’il soit médecin, prêtre ou simple observateur) comment lire et interpréter ces changements de couleur, afin qu’il devienne à son tour herméneute des mouvements de l’âme et du corps.

Nous vous suggérons quelques pistes de recherche, non-exhaustives : 

Représenter la couleur du visage et ses changements

·      Où les changements de couleur se localisent-ils sur le visage ? Y a-t-il des zones où ils se manifestent de manière privilégiée ? 

·      Par quel lexique, par quelles tournures syntaxiques, métaphores ou comparaisons récurrentes les changements de couleurs sont-ils évoqués ?

·      Comment les auteurs et les artistes retranscrivent-ils le mouvement, l’intensité, l’éclat des couleurs ? Cette représentation convoque-t-elle d’autres sens que celui de la vue, en particulier le toucher ? (le grain de la peau, sa chaleur ou sa froideur…)

  

À la frontière des discours

·      Peut-on établir une typologie stable des couleurs associées à chaque émotion ? 

·      Dans quelle mesure cette sémiotique sous-jacente s’inscrit-elle dans une tradition littéraire et artistique (héritage gréco-latin de l’élégie, héritage médiéval de la descriptio puellae ; héritage renaissant de la poésie pétrarquiste) ?

·      Dans quelle mesure se réfère-t-elle à un discours médical ? Quels liens entretient-elle en particulier avec le corpus hippocratique, le corpus galénique, les régimes de santé médiévaux, les traités de physiognomonie ?

·      Dans quelle mesure et quand la représentation des couleurs fugaces du visage se détache-t-elle de ces discours sous-jacents pour revêtir une dimension essentiellement esthétique ? 

 

Changement de couleur et regard social

·      Quel est le regard social porté sur le changement de couleur du XVIe au XVIIIe siècle ? Qu’en disent par exemple les traités de civilité ? S’agit-il d’une manifestation que l’on cherche à dissimuler ? 

·      Le changement de couleur est-il considéré comme un signe sincère ? Qui peut décoder ces changements de couleur (le médecin, l’ami, l’être aimé, l’artiste, le lecteur …) ?

 

Couleurs fugaces et question du genre

·      Le changement de couleur du visage est-il une manifestation des émotions genrée ? Existe-t-il des différences de nature et de localisation entre les couleurs passagères des visages féminins et masculins et les émotions auxquelles elles sont associées ? 

·      À qui s’adressent les œuvres faisant la part belle à cette représentation de la fugacité des couleurs du visage ? À un public féminin ? 

 

Couleurs passagères et enjeux littéraires

·      Quelles sont les fonctions de la représentation de cette fugacité des couleurs dans les œuvres dans lesquelles elle prend place ? 

·      S’inscrit-elle dans un moment de pause descriptive ayant pour fonction de rendre visibles les émotions et de permettre aux lecteurs d’y accéder ? Participe-t-elle de la communication non-verbale des protagonistes ? Constitue-t-elle un élément moteur dans la narration ? Revêt-elle une visée didactique et morale ? 

Les propositions de communication n’excèderont pas 250 mots et seront accompagnées d’une courte bio-bibliographie de quelques lignes. Nous vous prions d’envoyer le tout, avant le 15 janvier 2026, aux trois organisatrices : godnairnathalie@gmail.comadeline.lionetto@sorbonne-universite.fr, et ripoll@uni-trier.de). L’ensemble sera soumis au comité scientifique de la journée d’étude dont les réponses seront transmises un mois environ après la fin de l’appel. La journée d’étude aura lieu à l’automne 2026 (la date sera précisée au printemps 2026).

 

Éléments bibliographiques :

Abramovici, Jean-Christophe, « “Commander le silence à sa physionomie” : la rougeur des hommes », Dix-Huitième siècle, 2019, vol. 51, n° 1, p. 305-319. DOI : 10.3917/dhs.051.0305

Abramovici, Jean-Christophe, « Dialectique de la rougeur », Europe, Choderlos de Laclos, janvier-février 2003, n° 885-886, p. 106-115.

Abramovici, Jean-Christophe, Obscénité et classicisme, Paris, Presses Universitaires de France (Perspectives littéraires), 2003.

Abramovici, Jean-Christophe, « Au temps où l’on savait encore “ce que c’est que rougir”. Interdits langagiers et pudeur féminine à l’âge classique », Romanistische Zeitschrift für Literaturgeschichte / Cahiers d’Histoire des Littératures Romanes, 1999, 23, 1/2, p. 27-38.

Boehm, Isabelle, « La couleur du corps chez Galien. Coloration naturelle et couleurs modifiées dans la polychromie du vivant » dans Le corps polychrome, couleurs et santé, Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne, dir. Franck Collard et Évelyne Sammama, Paris, L’Harmattan, 2017, p. 11-21.

Courtine, Jean-Jacques, Haroche, Claudine, Histoire du visage, Exprimer et taire ses émotions (XVIe-début XIXe siècle), Paris, Éditions Rivages (Petite Bibliothèque Payot), [1988] 2007.

Crary, Jonathan,Techniques de l’observateur. Vision et modernité au XIXe siècle, Bellevaux, Éditions dehors, 2016.

Desjardins, Lucie, « De la “surface trompeuse” à l’agréable imposture. Le visage au XVIIe siècle », Intermédialités / Intermediality, automne, 2006, n° 8, p. 53-66. URL : https://id.erudit.org/iderudit/1005539ar 

Desjardins, Lucie, Le corps parlant. Savoirs et représentation des passions au XVIIe siècle, Québec/Paris, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan, 2001.

Gaillard, Aurélia, L’invention de la couleur par les Lumières, Paris, Les Belles, Lettres, 2024.

Gaillard, Aurélia et Lanoë, Catherine (dir.), La couleur des Lumières, Dix-Huitième siècle, 51,  2019.

Malisse, Héloïse, « Le pudor féminin dans les œuvres ovidiennes ou un aperçu du comportement idéal d’une Romaine selon Ovide », Revue belge de Philologie et d’Histoire, 2014, n°92, p. 71-101. 

Marcucci, Laëtitia, « Le rôle méconnu de la physiognomonie dans les théories et pratiques artistiques de la Renaissance à l’Âge classique », Nouvelle revue d’esthétique, 2015/1, no 15, Paris, Presses universitaires de France, 2015, p.123-133.

Marcucci, Laëtitia, « Couleurs et émotions dans la physiognomonie des XVIe et XVIIe siècles », Le corps polychrome. Couleurs et santé. Antiquité, Moyen Âge, Époque Moderne, dir. Franck Collard et Evelyne Samama, Paris, L’Harmattan, 2018, p. 219-229.

Ripoll, Élodie, « Les changements de couleur sont-ils des topoï comme les autres ? », Topiques, études satoriennes [En ligne], vol. 8, 2024. URL : http://journals.openedition.org/topiques/333 

Ripoll, Élodie, Penser la couleur en littérature. Explorations romanesques des Lumières au réalisme, Paris, Classiques Garnier, 2018.

Schöch, Christof, La Description double dans le roman français des Lumières (1760-1800), Paris, Classiques Garnier, 2012.

Stewart, Philip, L’Invention du sentiment : roman et économie affective au XVIIIe siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 2010.

Van der Lugt, Maaike, « Les couleurs de la peau dans les commentaires sur l’Isagoge de Johannitius », Le corps polychrome. Couleurs et santé. Antiquité, Moyen Âge, Époque Moderne, dir. Franck Collard et Evelyne Samama, Paris, L’Harmattan, 2018, p. 49-66.

 

[1] « Le visage et la voix », Centre culturel international de Cerisy, du 29 juin au 6 juillet 2002, sous la dir. d’Annie Gutmann et Pierre Sullivan ; « Le visage, la rencontre de l’autre », CRIF, CRAN et Collège des Bernardins, 10 octobre 2010 ; « La politique du visage. Fanatisme esthétique et regard éthique », Université de Rennes, 5 et 6 avril 2018, sous la dir. de Leszek Brogowski, Gwenola Druel et Anna Szyjkowska ; « Visages perturbés », Université de Genève et Association suisse de littérature générale et comparée, du 3 au 5 novembre 2022, sous la dir d’Evelyn Dueck et Guillemette Bolens ; « Le visage dans les cultures humaines : approches interdisciplinaires », Marrakech, 14-15 novembre 2023, sous la dir. de Fatima Ez, Zahra Benkhallouq et Hicham Feteh ; « Visage, visagéité, reconnaissance faciale », Université Polytechnique Hauts-de-France, 6-7 juin 2024, sous la dir. de Vincent Vivès.

[2] René Descartes, Les Passions de l’âme, éd. Jean-Maurice Monnoyer, Paris, Gallimard, [1649] 1988, art. 112, p. 219.

[3] Christophe Lesueur, « “They blush because they understand” : la rhétorique de la rougeur dans les romans de Samuel Richardson », Miranda, 2012, vol. 6, §2. DOI : 10.4000/miranda.3005

[4] Élodie Ripoll, « Les changements de couleur sont-ils des topoï comme les autres ? », Topiques, études satoriennes [En ligne], vol. 8, 2024. URL : http://journals.openedition.org/topiques/333 

[5] Voir Jean-Christophe Abramovici, « “Commander le silence à sa physionomie” : la rougeur des hommes », Dix-Huitième Siècle, 2019, vol. 51, n° 1, p. 305-319. DOI : 10.3917/dhs.051.0305

[6] Voir Élodie Ripoll, Penser la couleur en littérature. Explorations romanesques des Lumières au réalisme, Paris, Classiques Garnier, 2018, p. 393-404.

[7] Voir Maryline Nicoud, Les régimes de santé au Moyen Âge à Rome. Naissance et diffusion d’une écriture médicale (XIIIe-XVe siècle), Rome, École française de Rome, 2007, p. 4.

[8] Voir l’article de Maaike Van der Lugt, « Les couleurs de la peau dans les commentaires sur l’Isagoge de Johannitius » dans Le corps polychrome. Couleurs et santé. Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne, Paris, L’Harmattan, 2018, p. 57.

[9] Voir Laëtitia Marcucci, « Couleurs et émotions dans la physiognomonie des XVIe et XVIIe siècle » dans Le corps polychrome [...], op. cit., p. 219-229.

[10] Voir Marin Cureau de La Chambre, Les Caractères des passions, Paris, Jacques D’Allin, 1640-1662, 5 vol. ; L’Art de connoistre les hommes d’après la physionomie, Paris, J. D. Allin, [1659] 1663 ; Claude de La Bellière, La Physionomie raisonnée ou secret curieux pour connoitre les inclinations naturelles de châcun par les regles naturelles, Paris, Edme Couterot, 1664.

[11] René Descartes, Les Passions de l’âme, éd. citée, art. 112, p. 219.

[12] Cureau de la Chambre, Les Caractères des passions, 1640, p. 6.

[13] Le chevalier de Méré cité par Lucie Desjardins, Le Corps parlant. Savoirs et représentation des passions au XVIIe siècle, Québec/Paris, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan, 2001, p. 106.

[14] Antoine Baudeau de Somaize, Le Grand Dictionnaire des précieuses, éd. Charles-Louis Livet, Hildesheim/New York, Olms, [1856] 1972, 2 vol., p. 201.

[15] Voir Lucie Desjardins, Le Corps parlant, op. cit., p. 103-159.

[16] Jean-Christophe Abramovici, Obscénité et classicisme, Paris, Presses Universitaires de France, coll. Perspectives littéraires, 2003, p. 10-11.

[17] Jean-Christophe Abramovici, « Au temps où l’on savait encore “ce que c’est que rougir”. Interdits langagiers et pudeur féminine à l’âge classique », Romanistische Zeitschrift für Literaturgeschichte / Cahiers d’Histoire des Littératures Romanes, 1999, 23, 1/2, p. 36.

[18] Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche, Histoire du visage. exprimer et taire ses émotions (du XVIe au début du XIXe siècle), Paris, Éditions Rivages, [1988] 2007, p. 97 sqq. 

[19] Philip Stewart, L’Invention du sentiment : roman et économie affective au XVIIIe siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 2010, p. 2.

[20] Christof Schöch, La Description double dans le roman français des Lumières (1760-1800), Paris, Classiques Garnier, 2012, p. 70.

[21] Ibid., p. 11.

[22] Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche, Histoire du visage, op. cit., p.14.

[23] Voir Jonathan Crary, Techniques de l’observateur. Vision et modernité au XIXe siècle, Bellevaux, Éditions dehors, 2016.

Injure, insulte et invective (XVIe-XVIIe siècles)

Si Jacques Tahureau revendique dans ses Dialogues (posth. 1565) la « hardiesse de bien parler », tout en s’en prenant aux « pipeurs de merde », Furetière, plus d’un siècle plus tard, définit dans son Dictionnaire universel (1690), l’injure comme une « parole qu’on dit pour offenser quelqu’un, en luy reprochant quelque defaut, ou quelque vice vray ou faux ». Le lexicographe y rappelle aussi l’étymologie de l’injure (injuria, « ce qui se fait sans raison, sans justice ») et donne la mesure du vaste champ couvert par les propos insultants et leurs contextes d’énonciation, depuis les libelles diffamatoires, les scènes de combat militaires, les algarades de rue ou les discours passés au crible de la rhétorique. Comment définir les injures et quels termes s’en rapprochent aux XVIe et XVIIe siècles ? Quelles sont les formes que peut prendre la violence verbale lorsqu’elle est adressée ? Injure, insulte, invective : ces trois termes, qui ne sont pas synonymes, semblent avoir en commun de circonscrire le domaine de l’affront verbal et de témoigner, par le préfixe « in- » qu’ils partagent, du mordant d’une violence illocutoire choisie pour blesser l’adversaire.

L’injure, comme l’insulte d’ailleurs, se caractérise par « la nomination de l’autre (ou sa catégorisation, son étiquetage) et le fait que cette nomination soulève le problème de sa justice ou de sa justesse » . Pourtant l’injure ne signale pas nécessairement la fin de l’échange : au contraire, elle fonctionne souvent « comme un embrayeur dans la surenchère polémique », en plus d’être « une ressource pleinement intégrée à la démarche argumentative » . Dans les traités de rhétorique, vituperatio et reprehensio vitae appartiennent à la rhétorique du blâme, qui est une composante du discours épidictique au même titre que la louange. Dans le discours judiciaire, l’injure fait partie de l’arsenal du movere – « à condition qu’elle soit formulée avec ironie et qu’elle suscite le rire » , précise Cicéron, là où Quintilien y voit plutôt un procédé indigne du bon orateur.

L’invective est une forme énonciative liée à « l’apostrophe » et à la « prise à témoin » , dont l’intensité et la virulence verbale peuvent varier, mais qui relève également d’une forme d’interpellation agressive de l’autre. Elle est aussi un « genre de discours » théorisé par Jérôme et Augustin, au IVe siècle de notre ère, dans le cadre de la réfutation de l’hérétique, « qui réapparaît en force à la Renaissance »  et peut être rapproché des satires personnelles  et autres discours contre. Les exemples donnés par Furetière de cet « emportement de parole » renvoient à la rhétorique judiciaire (« Les parties animées recherchent cet Advocat, parce qu’il est fort sur l’invective »), ainsi qu’à l’éloquence de la chaire (« Le Predicateur a fait une longue invective contre l’hypocrisie »), tout en caractérisant plus largement les querelles de la République des Lettres (« les ouvrages critiques des Auteurs sont de perpetuelles invectives »).

Sans du tout se limiter au genre de l’invective, lui-même singulièrement divers, le questionnement initié à l’occasion de ce numéro de revue sur l’injure et l’insulte cherche au contraire à l’envisager comme un « mode » agressif d’interpellation et, plus largement, de communication (oral mais aussi écrit) qui traverse les genres et les styles . Performative, l’injure « possède donc une dimension fortement dialogique » . Elle contribuerait par ailleurs à l’émergence d’une « sphère publique », ici convoquée sous la forme d’un « tiers-spectateur » , sans qui il ne peut y avoir diffamation et à cause de qui il est également difficile de ne pas répondre. 

L’objectif de ce numéro de revue est ainsi de réfléchir à la spécificité et à la polyvalence des injures aux XVIe et XVIIe siècles dans des corpus et des contextes d’énonciations variés. Parmi les questionnements possibles, on retiendra les axes suivants :

•    Comment articuler la production d’injure à des inscriptions sociales et confessionnelles précises qui leur donnent toute leur force ? Quelles injures circulent et lesquelles sont limitées à un milieu, à un groupe, à une religion ? Qui peut manier l’injure et qui ne le peut pas ?

•    Quelles sont les dimensions pragmatiques de l’injure ? Quelles injures semblent déterminées par leur adresse à des publics visés ? Comment l’approche par la réception révèle le façonnage des injures ? Quelles « règles du débat » sont ainsi transgressées à un niveau rhétorique, mais aussi social et éthique ? 

•    Comment réfléchir à la création linguistique propre au champ de l’injure : par exemple, quels néologismes font la réputation des libellistes ? Quelle inventivité verbale devient la marque de reconnaissance du style d’un auteur ou d’une écriture collective ?

•    Comment cerner les « attendus » de l’injure (typologies héritées ou détournées, comparaisons éculées resémantisées en contexte, bestiaires, etc.), qui l’inscrivent dans une intertextualité complexe ? Quelles sont les répertoires ou les ressources à disposition (pensons aux injures tirées de la Bible) ? Et quelle mémoire de l’injure ces effets de reprise supposent-ils des contemporains ?

Les propositions de communications (un titre et un résumé de 300 mots) sont à envoyer, accompagnées d’un bref CV, aux-co-directeurs du numéro, avant le 1er avril 2026 :

Gabriel Eychenne, gabriel.eychenne@ens-lyon.fr

Grégoire Holtz, gregoire.holtz@uvsq.fr 

Isabelle Moreau, isabelle.moreau@ens-lyon.fr

Les contributrices et contributeurs retenus seront avisés en juin 2026. Les articles feront l’objet d’un numéro de la revue Pratiques et formes littéraires 16-18, pour une publication prévue à l’automne 2027.

Bibliographie 

Albert, Luce, et Ribeau, Mickaël (dir.), Polémiques en chanson, IVe -XVIe siècles, Rennes, PUR, 2022.

Albert Luce, et Nicholas, Loïc (dir.), Polémique et rhétorique, de l’Antiquité à nos jours, Bruxelles, Duculot / De Boeck, 2010.

Amossy, Ruth, « The functions of polemical discourse in the public sphere », dans M. Smith et B. Warnick (dir.), The Responsibilities of Rhetoric, Long Grove, Waveland Press, 2010, p.  52- 61.

Amossy, Ruth, Apologie de la polémique, Paris, PUF, 2014.

Angenot, Marc, La Parole pamphlétaire. Typologie des discours modernes, Paris, Payot, 1982.

Angenot, Marc, Dialogues de sourds – Traité de rhétorique antilogique, Paris, Éd. des Mille et Une Nuits, 2008.

Azoulay, Vincent, et Boucheron, Patrick (dir.), Le mot qui tue, une histoire des violences intellectuelles de l’Antiquité à nos jours, Seyssel, Champvallon, 2009.

Berns, Thomas, Staquet, Anne, et Weis, Monique (dir.), Libertin ! Usage d’une invective aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, Classiques Garnier, 2013.

Brauner, Christina, « Polemical Comparisons in Discourses of Religious Diversity: Conceptual Remarks and Reflexive Perspectives », Entangled Religions, vol. 11, n°4, 2020. https://doi.org/10.46586/er.11.2020.8692.

Butterworth, Emily, « Harmoniques des cris : le contrepoint au féminin (16e-18e siècles) », dans Girard, Didier, et Pollock, Jonathan (dir.), Invectives. Quand le corps reprend la parole, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2006, p. 175-186. 

Delumeau, Jean (dir.), numéro « Injures et blasphèmes », Mentalités, histoire des cultures et des sociétés, Paris, Imago, 1989.

Declercq, Gilles, « Avatars de l’argument ad hominem : éristique, sophistique, dialectique », dans G. Declercq, M. Murat et J. Dangel (dir.), La Parole polémique, Paris, Honoré Champion, 2003, p. 327-376. 

Garand, Dominique, « La fonction de l’ethos dans la formation du discours conflictuel », dans M.-H. Larochelle (dir.), Invectives et violences verbales dans le discours littéraire, Sainte Foy, Presses de l’Université Laval, 2007, p. 3-19. 

Garand, Dominique, « Propositions méthodologiques pour l’étude du polémique », dans D. Garand et A. Hayward (dir.), États du polémique, Montréal, Les cahiers du centre de recherche en littérature québécoise, n° 22, Nota Bene, 1998, p. 211-266.

Girard, Didier, et Pollock, Jonathan (dir.), Invectives. Quand le corps reprend la parole, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2006.

Jouhaud, Christian, « Invectives du Grand Siècle », Le Monde, janvier 1981, https://www.lemonde.fr/archives/article/1981/01/26/invectives-du-grand-siecle_2717765_1819218.html

Kanzler, Katja, « Invective Form in Popular Media Culture: Genre – Mode – Affordance », Kulturwissenschaftliche Zeitschrift 6 (1), 2021, p. 26-36.

Kästner, Alexander, « Of Hypocrites, Whores, and Holy Animal Bones. Polemical Comparisons and the Invectve Mode in Early Reformation Disputes », Entangled Religions, vol. 11, n°4, 2022 https://doi.org/10.46586/er.11.2022.9847

Lagorgette, Dominique, Les Insultes en français : de la recherche fondamentale à ses applications : linguistique, littérature, histoire, droit, Chambéry, Éditions de l’Université de Savoie, 2009.

Lagorgette, Dominique, et Larrivée, Pierre, « Introduction » au numéro « Les insultes : approches sémantiques et pragmatiques », Langue française, n° 144, 2004, p. 3-12.

Lagorgette, Dominique, « Les insultes : bilan et perspectives, théorie et actions », Chambéry, Éditions de l’Université de Savoie, collection « langages », n° 17, publication exclusivement en ligne : http://www.llseti.univ-smb.fr/web/llseti/589-les-insultes-bilan-et-perspectives-theorie-et-actions.php

Luglio, Davide, « Ex eloquentia prophetarum : remarques sur les origines de l’invective chez Pétrarque », dans A. Morini (dir.), L’Invective. Histoire, formes, stratégies, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2006, p. 73-89 .

Maingueneau, Dominique, Sémantique de la polémique – Discours religieux et ruptures idéologiques au XVIIe siècle, Lausanne, Éd. L’Âge d’Homme, 1983.

Morini, Agnès (dir.), L’invective : histoire, formes, stratégies, Saint-Etienne, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2006.

Neu, Jerome, Sticks and Stones: The Philosophy of Insults, Oxford, Oxford University Press, 2008.  

Passard, Cédric (dir.), Les Usages politiques de l’insulte, Paris, Classiques Garnier, 2024.

Postel, Claude, Traité des invectives au temps de la Réforme, Paris, Les Belles Lettres, 2004.

Raimon, Laurie, « Des mots pour dire l’insulte (de la naissance du français à nos jours) », ELIS - Échanges de linguistique en Sorbonne, 2019, n° 6, p .23-43. 

Rosier, Laurence (dir.), « Insulte, violence verbale, argumentation », introduction au numéro en ligne d’Argumentation et analyse du discours, n° 8, 2012, p. 1-26.

Shiraev, Eric, et Icks, Martijn (dir.), Character Assassination Throughout the Ages, New York, Palgrave MacMillan, 2014, p. 153-172.

Schwerhoff, Gerd, « Radicalism and ‘Invectivity’. ‘Hate Speech’ in the German Reformation », dans Bridget Heal et Anorthe Kremers (dir.), Radicalism and Dissent in the World of Protestant Reformation, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2017, p. 36-52.

MLA 17th-Centruy French Committee

The MLA 17th-Century French Forum Executive Committee is seeking (self-)nominations for three positions:

A member of the Forum Executive Committee, who will collaborate on sessions (panels, roundtables, etc.) pertaining to 17th-century French studies at the annual conference for three years (2026-2029);

Another member of the Forum Executive Committee who will collaborate on sessions for five years (2026-2031);

One nominee to run for election to the Delegate Assembly on behalf of the forum. Elected delegate will participate in the MLA-wide Delegate Assembly meeting at the annual conference for three years (2027-2030). 

MLA members can simultaneously serve in both roles (committee member and delegate) for this or another forum. Please contact Hall Bjornstad (hallbjor@iu.edu) or Ashley Williard (awilliar@mailbox.sc.edu) with questions or (self-)nominations by November 15, 2025.

NASSCFL – Treasurer and Secretary positions

The North American Society for Seventeenth-Century French Literature (NASSCFL) seeks nominations for the positions of Treasurer and Secretary of the Society. Please send nominations to Roland Racevskis (roland-racevskis@uiowa.edu). Both nominations of colleagues and self-nominations are welcome. 

Citer, copier, convoquer : les modèles savants en travail

Citer, copier, convoquer : les modèles savants en travail

Colloque international

English version below

À l’heure où les régimes de vérité et les formes d’autorité scientifique semblent fragilisés – en particulier par l’essor d’outils numériques qui opacifient les sources qu’ils mobilisent – la pratique de la citation savante acquiert une acuité nouvelle. Elle apparaît comme un opérateur central du discours savant, en engageant une relation dialogique entre les textes et en rendant possible une lecture critique des conditions de production, de légitimation et de circulation des savoirs.

En partant de cette perspective contemporaine, ce colloque propose d’explorer les formes, les enjeux et l’évolution des pratiques de la citation savante depuis l’époque moderne. Il s’agira moins d’aborder l’intertextualité ou la génétique des textes, au cœur de plusieurs études récentes, que de s’attacher au geste de la citation, en tant qu’il met en jeu des régimes de légitimité, des stratégies d’autorité et des formes d’organisation du savoir.

Par citation savante, nous entendons toute citation textuelle explicite qui participe à la constitution et à la mise en circulation de modèles dits savants dans un contexte particulier. Elle est ainsi envisagée comme un point d’observation privilégié pour saisir la manière dont les savoirs se façonnent, se transmettent et se discutent dans des écrits de tous ordres, du XVIe siècle à nos jours. Elle permet notamment d’interroger l’élaboration de modèles épistémologiques, l’évolution des institutions savantes, la fabrique des autorités intellectuelles et médiatiques, ainsi que le rôle tenu par certaines sources tierces (textes de vulgarisation, journaux, anthologies, traités, recueils de savoirs, etc.) dans la circulation et la structuration des savoirs.

Les propositions de communication peuvent s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants (listés de façon non exhaustive), en adoptant au choix une approche synchronique ou diachronique.

La notion d’autorité attachée à la citation : sur quoi repose l’autorité d’un texte ou d’un auteur ? à quel moment une citation est-elle considérée comme savante ? comment s’inscrit-elle matériellement dans un espace de circulation des énoncés ? par quels processus de légitimation passe-t-elle ? sur quoi s’élabore son pouvoir véridictoire et quels dispositifs discursifs vient-elle servir ?

La mise en œuvre des modèles savants par le biais de la citation : comment ces derniers sont-ils mobilisés et rendus opérants au sein des textes ? quel système de valeurs (culturelles, épistémologiques, axiologiques) sous-tendent-ils ? quelles relations aux modèles les autrices et auteurs mettent-ils en scène à travers ces pratiques citationnelles ?

Les changements de paradigmes dans les usages de la citation : à quel moment a-t-on recours à la citation savante de l’âge humaniste à nos jours ? quels enjeux lui sont attachés dans un contexte donné ? et comment penser son évolution face aux pratiques de bibliométrie ou de génération automatique de texte très contemporaines ?

Genres de discours et formes de médiation : quels types de discours sont convoqués dans le cadre des citations savantes ? quel rôle tient la citation dans l’affirmation de champs disciplinaires distincts ? quels textes font office d’intermédiaires dans la transmission et la recomposition des savoirs ? quelles variations des pratiques peuvent s’observer selon les genres textuels ?

Enjeux méthodologiques : quelles méthodes (manuelles, numériques) s’offrent aujourd’hui aux chercheuses et chercheurs afin d’étudier les citations savantes dans un corpus textuel défini ?

Ce colloque souhaite croiser des approches issues de la philologie, de la théorie littéraire, des sciences du langage, de l’histoire et de la sociologie. Il s’adresse aux chercheuses et chercheurs de toute discipline travaillant les pratiques savantes au sein des textes du XVIe au XXIe siècles.

 

Modalités de soumission :
Les propositions (titre, résumé d’environ 500 mots, courte notice biobibliographique) sont à adresser avant le 15 septembre 2025 aux quatre organisatrices et organisateur :

Céline Bohnert (celine.bohnert@univ-reims.fr)
Yann Calbérac (yann.calberac@univ-reims.fr)
Léa Gariglietti (lea.gariglietti1@etudiant.univ-reims.fr)
Marine Riguet (marine.riguet@univ-reims.fr)

Les communications pourront être faites en français ou en anglais.

Calendrier :
Les propositions retenues seront annoncées fin novembre.
Le colloque aura lieu fin mai 2026 à l’Université de Reims Champagne-Ardenne (Reims).

 

***

Quoting, Copying, Invoking: Scholarly Models at Work
International Conference

At a time when regimes of truth and forms of scholarly authority seem increasingly unstable—especially with the rise of digital tools that obscure the provenance of the sources they draw upon—the practice of textual quotation takes on renewed critical importance. It stands as a key mechanism in scholarly discourse, establishing dialogic relations between texts and enabling a critical examination of how knowledge is produced, legitimized, and disseminated.

Starting from this contemporary perspective, the conference seeks to explore the forms, stakes, and historical developments of quotation practices in scholarly writing from the early modern period to the present. The aim is less to address intertextuality or textual genetics—as featured in several recent studies—than to focus on the act of quoting itself, as a gesture that engages regimes of legitimacy, strategies of authority, and forms of knowledge organization.

By scholarly quotation, we mean any explicit textual reuse—whether brief or extended—that contributes to the construction and circulation of what are considered scholarly models within a particular context. Quotation is thus treated as a privileged analytical lens through which to examine how knowledge is shaped, transmitted, and debated across a wide range of writings, from the sixteenth century to the present. It allows us, in particular, to investigate the construction of epistemological models, the evolution of academic institutions, the making of intellectual and media authorities, and the role of intermediary sources (popularizations, newspapers, anthologies, treatises, compendia, etc.) in the circulation and structuring of knowledge.

Proposals may address one or more of the following themes (non-exhaustive), using either a synchronic or diachronic approach:

The authority of quotation: On what foundations does a quoted text or author gain authority? When is a quotation considered scholarly? How does it circulate materially within networks of discourse? Through what processes is it legitimized? What kind of truth value is ascribed to it, and what discursive frameworks does it support?

The deployment of scholarly models through quotation: How are such models activated and made operative within texts? What cultural, epistemological, or axiological systems of value underlie them? How do authors stage their relationship to models through quotation practices?

Shifts in quotation paradigms: In what contexts and historical moments is textual quotation used, from the humanist period to the present? What are the stakes involved in quoting in a given context? How do quotation practices evolve in response to developments such as bibliometrics or automated text generation?

Genres of discourse and modes of mediation: What kinds of discourse are invoked through scholarly quotation? What role does quotation play in the emergence or definition of disciplinary boundaries? Which texts act as intermediaries in the transmission and reconfiguration of knowledge? How do quotation practices vary across different textual genres?

Methodological approaches: What tools—manual or digital—are available to researchers for analyzing scholarly quotation within defined corpora?

This conference invites interdisciplinary dialogue, bringing together approaches from philology, literary theory, linguistics, history, and sociology. It is intended for scholars of all disciplines working on scholarly practices in texts from the sixteenth to the twenty-first centuries.

Submission Guidelines:
Proposals (title, abstract of approximately 500 words, and a short biographical note) should be submitted by 15 September 2025 to the four organizers:
Céline Bohnert (celine.bohnert@univ-reims.fr)
Yann Calbérac (yann.calberac@univ-reims.fr)
Léa Gariglietti (lea.gariglietti1@etudiant.univ-reims.fr)
Marine Riguet (marine.riguet@univ-reims.fr)

Papers may be delivered in either French or English.

Timeline:
Selected proposals will be announced at the end of November.
The conference will take place in late May 2026 at the University of Reims Champagne-Ardenne (Reims, France).

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Bibliographie indicative / Selected Bibliography
Andries Lise (dir.), Le Partage des savoirs, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2003.
Beugnot Bernard, « Un aspect textuel de la réception critique : la citation », La Mémoire du texte. Essais de poétique classique, Paris, Champion, « Lumière classique », 1994.
Callon Michel et Latour Bruno (dir.), La Science telle qu’elle se fait, Paris, La Découverte, 1991.
Compagnon Antoine, La Seconde Main ou Le Travail de la citation, Paris, Seuil, 1979.
Delattre Pierre et Tellier Michel (dir.), Élaboration et justification des modèles, t. I, Paris, éd. Maloine SA, 1979.
Foucault Michel, L’Ordre du discours, Paris, Gallimard, « Nrf », 1971.
Jacob Christian, Qu’est-ce qu’un lieu de savoir ?, Marseille, OpenEdition Press, 2014.
Roqueplo Philippe, Le Partage du savoir. Science, culture, vulgarisation, Paris, Seuil, 1974.
Waquet Françoise, L’Ordre matériel du savoir. Comment les savants travaillent, XVIe-XXIe siècles, Paris, CNRS, 2022.

 

Religion et plaisir (XVI-XVIIIe siècles) / Religion and Pleasure (16th-18th century)

Colloque CAHSA

Appel à communications

Colloque interdisciplinaire

Religion et plaisir (XVI-XVIIIe siècles) / Religion and Pleasure (16th-18th century)

11-13 décembre 2025

Université de Fribourg (Suisse)

Le Collectif d’Anthropologie et d’Histoire du Spirituel et des Affects (CAHSA), en collaboration avec l’Institut fribourgeois pour l’étude de la Renaissance et de l’époque moderne, sollicite des propositions pour un colloque interdisciplinaire sur le thème « Religion et plaisir (XVI-XVIIIe siècles)». Le colloque se tiendra du 11 au 13 décembre 2025 à l’Université de Fribourg (Suisse).

La peur, la culpabilité, l'ascétisme, la retraite, l’anéantissement, le sacrifice apparaissent souvent comme les lieux communs de l’expérience religieuse à l’époque moderne, étroitement associée à la « haine de la chair » pour reprendre l’expression de J. Delumeau (Delumeau ; 1983). Les plaisirs du corps, encadrés, combattus, parfois interdits, entrent en effet dans une « ère du soupçon », volontiers accusés de faire obstacle à la vérité et au salut.

À observer de plus près les traces de la culture chrétienne du XVIe au XVIIIe siècles, conservées dans les textes, mais aussi dans les objets, l’architecture, l’iconographie ou encore dans la musique, on constate néanmoins que la religion entretient un rapport plus complexe et nuancé avec le plaisir. La relecture des Pères de l’Église, et de saint Augustin notamment, amène ecclésiastiques, théologiens, mais aussi mondains et mondaines de l’époque moderne, à repenser le plaisir sous l’angle de son ambiguïté. Irréductible à sa seule signification négative, qui en ferait un pur signe de concupiscence, le plaisir est perçu a minima comme un auxiliaire utile pour toucher les cœurs et conduire les chrétiens à se tourner vers des plaisirs plus grands et plus véritables. Il est parfois même considéré, par des penseurs aussi différents que Lorenzo Valla, Marsile Ficin, Érasme, Gassendi, Angelus Silesius ou Pascal, comme un « moteur » de l’expérience spirituelle, individuelle ou collective, expérience qui s’exprime aussi bien dans les visions extatiques – dont l’expression repose parfois sur un lexique de la volupté qui joue avec celui de l’érotisme – que dans la douceur des amitiés spirituelles ou, dans le cadre de la liturgie, dans l’attente de l’eucharistie, la prière collective, l’écoute d’un sermon, etc. Le plaisir, qui oscille entre l’impression esthétique et la sensation proprement physique, parfois violente, peut être ainsi considéré comme une partie intégrante de l’expression et de l’expérience du religieux, jusqu’à devenir une caractéristique intrinsèque, et majeure, de la grâce divine, pensée et exprimée dans des termes tels que “douceur, délectation, délices, ravissement, joie, volupté céleste, flamme” (Sellier ; 1995 [1970]). 

Toutefois, l’ambiguïté du plaisir – à la fois chemin vers le divin et source de la tentation – en fait une entité suspecte pour de nombreux courants spirituels. L’exemple de la Réforme est emblématique, qui rompt avec l’esthétique ostentatoire du catholicisme au nom d’un retour à une foi intérieure et épurée de tout excès sensoriel, l’image et la musique étant alors soupçonnées d’entretenir l'idolâtrie davantage que la foi des fidèles. La religion agit en outre de l’extérieur contre les formes déviantes du plaisir : du côté catholique comme du côté protestant, les plaisirs du monde – jeu, danse, promenade et théâtre surtout – font l’objet d’un nombre croissant de réquisitoires (Thirouin ; 2007; Diekmann et Wild, 2011), lesquels non seulement révèlent l’importance de la question du plaisir dans la religion au regard des débats qu’elle suscite durant toute l’époque moderne, mais rappellent par ailleurs le statut complexe, à certains égards problématique et ambivalent du plaisir sur un plan éthique ou moral (Religion and the Senses in Early Modern Europe ; 2012). Voie d’accès à la connaissance divine, le plaisir est, à l’inverse, source de corruption lorsqu’il est centré sur des objets terrestres et renforce l’attachement de la créature au monde. Ces tensions soulignent ainsi les multiples modalités de régulation du plaisir dans les pratiques religieuses, oscillant entre valorisation mystique et rejet moral, entre extase divine et rigueur ascétique. Elles illustrent en outre les divergences et les lignes de fracture confessionnelles pour ce qui concerne la place du corps, des sens et de l’imaginaire dans l’expérience religieuse.

Dans le cadre de sa prochaine édition en présentiel, le colloque du CAHSA voudrait proposer une réflexion sur les rapports complexes qui unissent plaisir et religion à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles). À cet effet, le comité organisateur sollicite des propositions de communications qui pourront porter aussi bien sur le discours théologique ou philosophique consacré à l’interaction – volontiers ambiguë voire polémique – de la culture religieuse et du plaisir, que sur les représentations de cette interaction rencontrées dans la littérature ou les beaux-arts de cette période. Les problématiques à explorer pour l’époque considérée pourront aborder, de manière non limitative, les pistes suivantes :

  • Définition et théorie du plaisir spirituel dans les doctrines théologiques (par exemple, la délectation victorieuse à Port-Royal ou le “panhédonisme” que Jacques Le Brun repère chez Bossuet)
  • Opposition ou complémentarité entre plaisir spirituel et plaisir charnel (dans le contexte de la mystique chrétienne notamment, mais pas seulement)
  • Articulation, dans le discours religieux, du plaisir et de la douleur
  • Affect à combattre ou à favoriser ? Les rôles et fonctions du plaisir dans l’édification morale
  • Le plaisir « contre » la religion (cf. certains courants philosophiques comme le matérialisme ou l’épicurisme)
  • Les voies du plaisir spirituel : utilisation et rendement des figures de rhétorique, de certains motifs picturaux ou musicaux
  • Lexique et notions saisis dans une perspective synchronique ou diachronique : délectation, concupiscence, douceur, suavité, satisfaction
  • Expression du plaisir et grammaire des affects (en français, mais aussi dans d’autres langues ; cf. l’importance du néologisme chez les mystiques, chez les piétistes allemands)
  • Le plaisir religieux peut-il être traduit ? Comment transposer la grammaire des affects dans une autre langue ?
  • Le plaisir dans les actes de dévotion (liturgie, prière, processions, cérémonies, etc.) à travers ses représentations dans le discours d’époque.
  • Approches confessionnelles du plaisir (particularités, différences entre catholicisme et protestantisme, mais aussi et plus largement entre le christianisme et d’autres religions)

Les propositions d’environ 350-500 mots devront être accompagnées d’un CV actualisé. Ces documents sont à envoyer avant le 11 juillet 2025 aux adresses ci-dessous. Ils peuvent être rédigés en anglais ou en français. 

Les candidat-e-s recevront une réponse de la part des organisateurs-trices avant le 15 septembre 2025. Pour les participant-e-s, les frais d’inscription au colloque s’élèveront respectivement à 50 CHF ($80 CAD) pour les professeur-e-s et maîtres de conférences et à 15 CHF ($25 CAD) pour les doctorant-e-s, ATER et chercheurs-euses indépendant-e-s.

Comité d’organisation :

Arnaud Wydler, Université de Fribourg

Anne Régent-Susini, Université Sorbonne Nouvelle

Corinne Bayerl, Université d’Oregon

Joy Palacios, University of Calgary

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CAHSA Conference

Call for Papers

Interdisciplinary Conference

Religion et plaisir (XVI-XVIIIe siècles) / Religion and Pleasure (16th-18th century)

December 11-13, 2025

Université de Fribourg (Switzerland)

The Collectif d’Anthropologie et d’Histoire du Spirituel et des Affects (CAHSA), in collaboration with the Fribourg Institute for Renaissance and Early Modern Studies, invites proposals for an interdisciplinary conference on the topic “Religion and Pleasure (16th-18th century).” The conference will be held December 11-13, 2025 in Fribourg (Switzerland).

Fear, guilt, asceticism, retreat, self-emptying or self-annihilation, and sacrifice often seem to be central to religious experience in modernity, closely linked to what Jean Delumeau called “the hatred of the flesh” (Delumeau, 1983). Bodily pleasures, whether regulated, contested, or forbidden, are readily posited as an obstacle to truth and redemption in an “age of suspicion.”

However, it becomes clear that religion entertains a more complex and nuanced relationship to pleasure when we look more closely at the traces of Christian culture from the 16th to the 18th centuries as preserved not only in texts but also in material objects, architecture, iconography or music. Rereading the Church Fathers, and Saint Augustine in particular, presents an opportunity not only for clergymen and theologians, but also for laymen and laywomen to reconsider pleasure in its nuance and complexity. Irreducible to a merely negative signifier as a sign of concupiscence, pleasure is at least considered as a useful tool to reach the hearts of Christians and to bring them to greater and truer pleasures. A group of thinkers as diverse as Lorenzo Valla, Marsile Ficin, Érasme, Gassendi, Angelus Silesius ou Pascal even consider pleasure as a ‘motor’ of individual or collective spiritual experience that may find expression in ecstatic visions cast in semi-erotic language. Or else, these thinkers consider pleasure as it manifests itself in the tenderness of spiritual friendships, or, in liturgical contexts, when waiting for the eucharist, praying in community, listening to a sermon etc. Pleasure can even become an intrinsic and major aspect of divine grace reflected in terms such as “douceur, délectation, délices, ravissement, joie, volupté céleste, flamme” (Sellier ; 1995 [1970]). Thus pleasure, oscillating between aesthetic impression and bodily (and at times violent) sensation, may be considered a key component of religious experience and expression 

Nonetheless, the ambiguity of pleasure – a path to the divine and source of temptation all at once – makes it a suspect entity for numerous spiritual movements. In this respect, the example of the Reformation is emblematic because it breaks with the ostentatious esthetic of Catholicism in the name of a return to an inner faith that is purged of any sensuous excess, since images and music were suspected to further idol worshipping more than strengthening the faith of believers. Religion also forestalls forms of pleasure deemed deviant: both on the Catholic and the Protestant sides, worldly pleasures – game, dance, strolls, and above all theatre – become increasingly indicted and condemned. (Thirouin, 2007; Diekmann and Wild, 2011). These condemnations illustrate the extent to which the status of pleasure in regard to religion was a matter of debate throughout the Modern era. They also serve as a reminder that the status of pleasure turned out to be complex, often problematic and ambiguous from an ethical or moral point of view (Religion and the Senses in Early Modern Europe, 2012). These tensions motivated various ways of regulating pleasure in religious practices, oscillating between mystical valorization and moral rejection, between divine ecstasy and ascetic rigor. In addition, they illustrate confessional distinctiveness and points of conflict with regard to the role of the body, the senses, and the imaginary in religious experience.

As part of its next in-person event, the CAHSA colloquium proposes to engage in a reflection about the complex relationship between pleasure and religion in the Sixteenth, Seventeenth, and Eighteenth centuries. For this purpose, the organizing committee invites proposals for papers that may address the theological or philosophical discourse about the interaction – often ambiguous, sometimes even polemical – between religious culture and pleasure, and literary and visual representations of this encounter. Suggested areas of focus include, but are not limited to, the following:

  • Definition and theory of spiritual pleasure in theological doctrines (such as Port-Royal’s “délectation victorieuse” or the “panhédonsime” that Jacques Le Brun sees in Bossuet’s works)
  • Opposition and complementarity between pleasure of the spirit and of the flesh (for example in the context of Christian mysticism)
  • The articulation of pleasure and pain in religious discourse
  • Pleasure as an affect to either fight off or to nurture; the role and purpose of pleasure in moral edification
  • Pleasure opposed to religion (cf. in certain philosophical traditions such as materialism and epicurism)
  • The forms of spiritual pleasure: shape and use of rhetorical figures, visual or musical themes
  • Terminology, either with a synchronic or diachronic approach: for example, for the French context, notions such as “délectation,” “concupiscence,” “douceur,” “suavité,” “satisfaction”
  • Ways of expressing pleasure and the grammar of emotions (in French, but also in other languages; cf. the importance of neologisms among mystical writers or German pietists)
  • Ways of translating religious pleasure: How to transpose the grammar of emotions into another language
  • Pleasure in devotional acts (liturgy, prayer, processions, ceremonies, etc.) as represented in the discourse of a given era
  • Confessional approaches to pleasure (specificity; differences between Catholicism and Protestantism, but also more broadly between Christianity and other religions)

Please submit a 350-500-word proposal (written in French or English), accompanied by a current CV, to the addresses below by July 11, 2025.

​The organizing committee will notify candidates of their acceptance by September 15, 2025. For those who present papers, there will be a registration fee of 50 CHF ($80 CAD) for full-time faculty and 15 CHF ($25 CAD) for graduate students, part-time faculty, and independent researchers.

Organizing committee :

Arnaud Wydler, Université de Fribourg

Anne Régent-Susini, Université Sorbonne Nouvelle

Corinne Bayerl, Université d’Oregon

Joy Palacios, University of Calgary

 

Bibliographie sélective / Selected bibliography :

Boulègue, Laurence, et Lévy, Carlos (éd.), Hédonismes. Penser et dire le plaisir de l’Antiquité à la Renaissance, Presses universitaires du Septentrion, 2007

Cuchet, Guillaume, « Jean Delumeau, historien de la peur et du péché », Historiographie, religion et société dans le dernier tiers du 20e siècle, n° 107(3), p. 145-155.

Cyranka, Daniel, Ruhland, Thomas, Soboth, Christian et Stengel, Friedemann (dir.), Gefühl und Norm: Religion und Gefühlskulturen im 18. Jahrhundert. Beiträge zum V. Internationalen Kongress für Pietismusforschung 2018, Halle, Verlag der Franckeschen Stiftungen zu Halle, 2021.

Darmon, Jean-Charles, « Le gassendisme “frivole” de Saint-Évremond », Gassendi et l’Europe (1592-1792), éd. Sylvia Murr, Vrin, 1997, p. 57-69.

Darmon, Jean-Charles, Philosophie épicurienne et littérature au XVIIe siècle. Études sur Gassendi, Cyrano de Bergerac, La Fontaine, Saint-Evremond, Paris, Presses Universitaires de France, 1998.

Darmon, Jean-Charles, Philosophies du divertissement, le jardin imparfait des modernes, Paris, Desjonquères, 2009.

De Franceschi, Sylvio « Le concept de délectation victorieuse comme outil du coup de force polémique antijanséniste de Fénelon », Études théologiques et religieuses, t. 94, 2019/1.

-, « La controverse théologique par l’instruction pastorale. Délectation victorieuse et prémotion physique selon Fénelon : à propos de la Théologie de Châlons de Louis Habert (1711) », in J.-P. Gay et Ch.-O. Stiker-Métral (éd.), Les métamorphoses de la théologie. Théologie, littérature, discours religieux au XVIIe siècle, Paris, Honoré Champion, coll. « Colloques, congrès et conférences sur le Classicisme », 2012, p. 147-171.

-, « Le parti moliniste face à l’impossible mise en système de la doctrine janséniste. Le rôle de la notion théologique de délectation victorieuse dans la genèse de l’antijansénisme fénelonien », in L. Devillairs, A. Frigo et P. Touboul (éd.), Fénelon et Port-Royal, Actes de la journée d’études du 2 mars 2015, Paris, Classiques Garnier, coll. « Univers Port-Royal 28 », 2017, p. 11-36.

Dekoninck, Ralph, Ad Imaginem. Statuts, fonctions et usages de l'image dans la littérature spirituelle jésuite du XVIIe siècle, Genève, Droz, 2005.

Delumeau, Jean, Le Péché et la peur. La culpabilisation en Occident, XIIIe-XVIIIe siècles, Paris, Fayard, 1983.

Delumeau, Jean, Une histoire du paradis, t. 1 « Le jardin des délices » (1992), t. 2 « Mille ans de bonheur » (1995) et t. 3 « Que reste-t-il du paradis ? » (2000), Paris, Fayard, 1992-2000.

Deneys-Tunney, Anne et Moreau, Pierre-François (dir.), « L'épicurisme des Lumières », Dix-huitième Siècle, n°35, 2003.

Devillairs, Laurence, « Le plaisir en théologie : Port-Royal et ses adversaires », in S. De Franceschi et R. Mathis (éd.), Ruine et survie de Port-Royal (1679- 1713). Actes du colloque international organisé par la Société des Amis de Port-Royal, Paris, Port-Royal des Champs, 22-23 septembre 2011, Chroniques de Port-Royal, n°62, 2012, p. 149-166.

Diekmann, Stefanie et Wild, Christopher (dir.), Theaterfeinlichkeit und Antitheatralität, Munich, Fink, 2011

Dompnier, Bernard (dir.), Les Cérémonies extraordinaires du catholicisme baroque, Clermont-Ferrand, PU Blaise-Pascal, 2009.

Febvre, Lucien, « Comment reconstituer la vie affective d’autrefois ? La sensibilité et l’histoire », Combats pour l’histoire, Paris, Colin, 1952, p. 221-238.

Frevert, Ute (dir.) Emotional Lexicons. Continuity and Change in the Vocabulary of Feeling 1700-2000 (orig. Gefühlswissen, Frankfurt, Campus, 2011). New York et Oxford, Oxford University Press, 2014.

Gay, Jean-Pascal, Morales en conflit. Théologie et polémique au Grand Siècle (1640-1700), Paris, Éditions du Cerf, coll. « Histoire », 2011.

Gay, Jean-Pascal, « Sexualité et régime de normativité à l’âge confessionnel. Jalons et hypothèses pour une histoire de la focalisation religieuse sur la sexualité en catholicisme », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, vol. 147, 2020, p. 33-52.

Gimaret, Antoinette, Extraordinaire et ordinaire des Croix. Les représentations du corps souffrant, 1580-1650, Paris, Honoré Champion, 2011.

Gleixner, Ulrike (dir.), Religiöse Emotionspraktiken in Selbstzeugnissen: autobiographisches Schreiben vom 16. bis zum 20. Jahrhundert, Wiesbaden, Harrassowitz, 2024.

- (dir.), Dingliche Gottesliebe : die Materialität religiöser Emotionen in Christentum, Judentum und Islam, Wiesbaden, Harrasowitz, 2024.

Glucklich, Ariel, The Joy of Religion. Exploring the Nature of Pleasure in Spiritual Life, Cambridge, Cambridge University Press, 2020.

Hallett, Nicky, The Senses in Religious Communities, 1600-1800 Early Modern 'Convents of Pleasure', Londres-New-York, Routledge, 2013.

Harrison, Carol, « Delectatio victrix : gracia y libertad en San Agustín », Augustinus : Revista trimestrial publicada por los padres agustinos recoletos, 40, 1995, p. 105-110.

Karant-Nunn, Susan, The Reformation of Feeling. Shaping the Religious Emotions in Early Modern Germany, Oxford, Oxford University Press, 2010.

Lachaume, Agnès, Le langage du désir chez Bossuet : chercher quelque ombre d’infinité, Paris, Honoré Champion, 2017.

Le Brun, Jacques, « Une doctrine de la délectation », La Spiritualité de Bossuet prédicateur, Paris, Klincksieck, 1972, p. 339-351.

Macdonald, Robin, Murphy, Emilie et Swann, Elisabeth (dir.), Sensing the Sacred in Medieval and Early Modern Culture, London, Routledge, 2018

Moshenska, Joe, Feeling Pleasures: The Sense of Touch in Renaissance England, Oxford, Oxford University Press, 2014.

Nagy, Piroska, Le don des larmes au Moyen Âge. Un instrument en quête d’institution (Xe-XIIIe siècle), Paris, Albin Michel, 2000.

Piergiacomi, Enrico, Amicus Lucretius. Gassendi, il De rerum natura e l’edonismo cristiano, Berlin-Boston, De Gruyter, 2022.

Promey, Sally M. (dir.), Sensational Religion: Sensory Cultures in Material Practice, New Haven et Londres, 2014.

Quantin, Jean-Louis, Le Rigorisme chrétien, Paris, Éditions du Cerf, 2001.

Quantin, Jean-Louis, « Augustinisme, sexualité et direction de conscience : Port-Royal devant les tentations du duc de Luynes », Revue de l’histoire des Religions, 220, n°2, 2003, p. 167-207.

Religion and the Senses in Early Modern Europe, W. de Boer et Ch. Göttler (dir.), Leyde, Brill, 2012.

Roßbach, Nikola, Lust und Nutz: historische, geistlichem mathematische und poetische Erquickstunden in der Frühen Neuzeit, Bielefeld, Aisthesis Verlag, 2015.

Schieder, Martin, Au-delà des Lumières. La peinture religieuse à la fin de l’Ancien Régime, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2016.

Sellier, Philippe, « Les deux délectations », Pascal et saint Augustin, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l’Évolution de l’Humanité », 1995 [1970], p. 329-335.

Steinberg, Sylvie, « De la Renaissance aux Lumières », Une histoire des sexualités, partie 3, Paris, PUF, 2018, p. 171-264.

Steintrager, James, The Autonomy of Pleasure. Libertines, License, and Sexual Revolution, New York, Columbia University Press, 2016.

Taussig, Sylvie, « D’Épicure à Gassendi, plaisir et douleur, les passions critère du bien-vivre », Les Passions antiques et médiévales : Théories et critiques des passions, B. Besnier, P. Moreau et L. Renault éd., Paris, Presses Universitaires de France, 2003, p. 111-129.

Thirouin, Laurent, L’Aveuglement salutaire. Le réquisitoire contre le théâtre dans la France classique, Paris, Champion, 2007.

Trémolières, François, « La délectation », Fénelon et le sublime. Littérature, anthropologie, spiritualité, Paris, Honoré Champion, coll. « Lumière classique », 2009, p. 221-235.

Tsakiropoulou-Summers, Tatiana, « Tantum Potuit Suadere Libido : Religion and Pleasure in Polignac's Anti-Lucretius »,  Eighteenth-Century Thought, 2, 2004, p. 165-205.

Wels, Volkhard, « Brockes als galanter Dichter. Zur stilgeschichtlichen Verortung des Irdischen Vergnügens in Gott », Brockes-Lektüren. Ästhetik – Religion – Politik. Dir. Mark-Georg Dehrmann et Friederike Felicitas Günther, Bern, Peter Lang, 2019, 103-121.

Wiesner-Hanks, Merry E., Christianity and Sexuality in the Early Modern World. Regulating Desire, Reforming Practice, Londres-New York, Routledge, 2000.

Yamamoto-Wilson, John R., Pain, Pleasure and Perversity. Discourses of Suffering in Seventeenth-Century England, London, Routledge, 20

 

La gloire dans l’Europe du XVIIe siècle

Colloque inaugural du Pôle « Europe du xviie siècle »

« La gloire dans l’Europe du XVIIe siècle »

26-27 novembre 2025 

Paris, Sorbonne Université

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Argumentaire 

 

 

Monsieur, pour conserver ma gloire et mon estime

Désobéir un peu n’est pas un si grand crime

Corneille, Le Cid, v. 367-368.

 

L’aspiration à la gloire parcourt toute l’époque moderne. Elle domine souverainement aussi bien les décennies du premier xviie que celles du règne de Louis XIV. Elle a donné lieu, voici vingt-cinq ans, à des publications devenues classiques. Depuis, et malgré quelques études ponctuelles, le dossier semble avoir été délaissé. Le but de ce colloque est de le parcourir à nouveau ; sa méthode, que chacune des disciplines constitutives du Pôle « Europe du xviie siècle » s’en saisisse. 

Si la gloire domine les esprits, les cœurs et les discours du xviie siècle, c’est justement qu’elle désigne ce qu’il y a de plus haut. Elle reste liée à l’être même de Dieu et à la béatitude des élus. C’est un des sens que lui donne Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel (1690). La gloire est la « Majesté de Dieu, la vue de sa puissance, de sa grandeur infinie ; l’éclat, et la splendeur qui marque cette puissance, et cette grandeur infinie ». La gloire est donnée par Dieu à ceux qui l’acquièrent par leurs mérites, mais relève d’abord de la fidélité de Dieu à sa parole. La gloire suit ceux qui ne cherchent que la vertu. L’héroïsme chrétien, c’est-à-dire la sainteté, est au cœur de la grande réforme post-tridentine de la canonisation qu’ordonne le pape Urbain VIII. Les chemins vers la gloire des autels sont mieux balisés. Définir avec précision qui est, de façon sûre, participant de la gloire de Dieu, devient plus que jamais la prérogative d’une papauté sortie renforcée de la Réforme catholique. 

Rome pense avant tout la gloire dans les termes du kâbôd, כָּבוֹד, de la Bible hébraïque. Mais d’autres strates de signification, d’autres traditions permettent également de penser la notion de « gloire » à l’époque moderne et d’en retracer la généalogie, comme le κλέος épique des Grecs et la gloria latine, centrale notamment dans la philosophie stoïcienne. Ce qui est vrai de la gloire des élus le semble donc a fortiori des gloires de ce monde. Ainsi, selon Richelet, la gloire est d’abord « l’honneur acquis par de belles actions » (Dictionnaire, 1680). Que recouvre au juste cette omniprésente gloire du xviie siècle ? Les éclats de la gloire ne doivent pas aveugler le chercheur. Au-delà des différentes strates sur lesquelles s’édifie la notion, le périmètre propre de la gloire demande à être bien tracé et un travail de distinction avec les parasynonymes aide à le cerner. La gloire renvoie sans doute toujours à une forme de transcendance, celle du divin ou de la postérité, à la différence de la renommée (fama), de l’honneur, et des autres notions proches. Cette transcendance, dans le temps ou l’éternité, peut n’entretenir qu’un rapport analogique ténu avec la gloire de Dieu proprement dite. Ce qui est vrai pour la France vaut-il pour le reste de l’Europe ? Toutes les langues européennes distinguent-elles également, et selon les mêmes partages lexicaux, sémantiques ou conceptuels, la « gloire », « la réputation », et « l’honneur » ? Pourquoi rendre « gloire » en anglais paraît-il si difficile ? Quel est le sens de la gloria macaronique qu’affectionnent certains textes allemands de l’époque ? Un premier travail sur la notion elle-même s’imposera aux participantes et aux participants ; de ces réflexions communes, toutes disciplines et toutes langues confondues, le colloque attend des nuances importantes.

Penser la gloire à l’échelle de l’Europe est essentiel, car elle est indissociable de la formation des États modernes. Ce mouvement politique de fond constitue le premier axe du Pôle « Europe du xviie siècle ». La recherche de la gloire du nom passe de plus en plus par celle de la gloire du monarque. C’est le schéma louis-quatorzien traditionnel. Il mérite d’être amendé pour la France, et repensé à l’échelle de l’Europe. La notion de la gloire fournit à cet égard un excellent révélateur. Où se trouve la gloire dans les Républiques, dans les monarchies dualistes, dans les monarchies absolues en périodes de régence, dans le Commonwealth de Cromwell, là où les assemblées partagent avec le souverain l’autorité politique ? Comment s’exprime la gloire souveraine, quand le pouvoir est exercé par un « principal ministre », comme Richelieu et Mazarin, ou un valido, comme Olivarès ? Où réside la gloire quand une souveraine, telle Christine de Suède, choisit d’abdiquer ? Dans chacune de ces configurations politiques, la gloire est au centre d’un discours politique, littéraire, artistique, qui mérite attention. 

Ce discours n’est-il que paroles et représentations ? Forme-t-il au contraire un véritable levier d’action politique ? De qui, pour qui parle-t-il ? Le discours de la gloire ne finirait-il pas par être à la simple gloire du discours ? Comment résoudre la tension politique entre la gloire de l’individu et celle de l’État en formation ? Telle est bien la question posée par les héros des tragédies de Corneille. Tandis que l’ambition suppose la poursuite d’intérêts personnels, la gloire est associée au service du roi et de l’État. Mais les différents corps avaient aussi leur propre gloire, malgré le poids croissant de l’État. La gloire change-t-elle donc au xviie siècle ? Furetière relève en effet que la gloire « se dit par emprunt, et par participation, de l’honneur mondain, de la louange et de l’approbation qu’on donne au mérite. » Et d’insister sur sa dimension collective : « La gloire est quelque chose hors de nous, et qui n’en dépend pas absolument ». Elle est effectivement souvent associée à la reconnaissance, au prestige, à l’estime tant sur le plan personnel que collectif. Elle surpasse alors l’honneur, participe à l’héroïsation et représente une forme de notoriété plus étendue et éclatante. En cela, elle est le propre des conditions les plus élevées, des hommes et des femmes illustres. Le xviie siècle est une époque où les exploits militaires, les réalisations artistiques et les contributions intellectuelles sont célébrés. Les rois et les nobles cherchent à accroître leur gloire à travers des guerres victorieuses, des constructions grandioses et le patronage des arts. Mars et Minerve s’unissent pour servir cette économie politique de la gloire, dont on pourra interroger l’évolution au cours du xviie siècle en Europe. 

Question politique, la gloire devient aussi un problème philosophique et moral avec l’émergence du sujet qui caractérise le xviie siècle. Comme le suggère Furetière, la gloire fait intervenir la renommée, l’opinion des gens de bien et leur accord. Elle suppose des témoins et un jugement extérieur, donc la visibilité de la personne glorifiée. L’interrogation inquiète de Montaigne concernant la gloire et sa « montre » (« Je ne me soucie pas tant quel je sois chez autrui, comme je me soucie quel je sois en moi-même », Essais, II, 16) résonne chez bien des écrivains, des moralistes, et des philosophes du xviie siècle, comme Guez de Balzac, Descartes, Pascal, Hobbes ou Leibniz. En 1671, Madeleine de Scudéry reçoit ainsi le premier prix d’éloquence de l’Académie française, institué par Guez de Balzac, en composant un discours « De la louange et de la gloire », dans lequel elle soutient que « la gloire est le ressort le plus universel du monde, quoique le plus inconnu. Car ceux-là mêmes qu’elle agite sans cesse, ignorent ce qu’il faut précisément appeler gloire ; et bien plus encore, ce qu’il faut faire pour la mériter ». L’éthique de la gloire est aussi interrogée par Descartes, qui, dans Les Passions de l’âme, distingue la gloire de la satisfaction intérieure : « Ce que j’appelle ici du nom de gloire est une espèce de joie fondée sur l’amour qu’on a pour soi-même, et qui vient de l’opinion ou de l’espérance qu’on a d’être loué par quelques autres », tandis que la satisfaction intérieure « vient de l’opinion qu’on a d’avoir fait quelque bonne action ». Du point de vue du sujet, la recherche de la gloire n’est-elle autre chose qu’un nom donné à l’intérêt et à l’amour-propre ? Recherche-t-on la vraie gloire, ou la simple réputation ? C’est à la vanité que le Pascal des Pensées associe « la douceur de la gloire [qui] est si grande qu’à quelque objet qu’on l’attache, même à la mort, on l’aime ». Reconnaissance conférée par autrui ou estime de soi, il y a donc deux pôles autour desquels s’organisent les définitions de la gloire. Ils dissimulent cependant un tiraillement moral plus général, une ambivalence soigneusement explorée par les hommes et les femmes de lettres, et plus généralement par tous les artistes du xviie siècle, concernés au premier chef par la question de la gloire littéraire ou artistique dont il conviendrait d’interroger les formes d’évaluation, de reconnaissance et d’autonomisation distinctives pour mettre en lumière selon une approche interdisciplinaire les rapports entre le sujet et la gloire, tels que les pense le xviie siècle. 

L’éclat de la gloire suppose sinon impose une reconnaissance collective qui suscite souvent la méfiance, voire la résistance ou la dissidence, troisième angle par lequel le colloque entend aborder la question de la gloire dans l’Europe du xviie siècle. La notion de gloire, comme concept théologique, moral ou politique, se saisit aussi, de façon négative, à travers les discours polémiques ou satiriques qui en contestent la légitimité, voire s’efforcent de la réduire à néant si elle semble indue. Nombre d’écrits, comme ceux de La Bruyère, dans Les Caractères, vilipendent cette « espèce d’animaux glorieux et superbes » que sont les hommes. À l’exaltation de la vaine gloire humaine répond la peinture de vanité. Nombre de pamphlets, publiés notamment à partir de 1672 dans les Provinces-Unies et plus généralement dans le nord de l’Europe durant la guerre de Hollande, visent à ravaler Louis XIV au rang de simple particulier ivre de pouvoir, soumis à un désir de gloire aussi risible que dangereux – reprenant ainsi un motif cher à la propagande antiespagnole de la France de la première moitié du siècle (voir par exemple les gravures de Romeyn de Hooghe). En cela, le discours de la gloire crée son propre contre-discours, qui détourne les mythes royaux présents dans toute l’Europe, avec des thèmes récurrents, bibliques ou antiques, qui justifient le pouvoir et ses desseins politiques impériaux (la fameuse « monarchie universelle » reprochée à la Maison d’Autriche puis à Louis XIV). Nombre d’œuvres dénoncent alors l’orgueil et l’illusion dans lesquels se bercent les créatures, soulignant ainsi que la recherche de la gloire et de l’admiration peut mener à des comportements superficiels, éphémères et parfois délétères. Thème cher aux moralistes, à la propagande politique, aux représentations artistiques, la dénonciation de la gloire est donc un motif efficace de la pensée européenne du siècle. Comment circule-t-il ? Quels réseaux de savants et d’artistes reprennent à leur compte ces dénonciations ? Dans quelle mesure ces critiques de la gloire ont-elles contribué à l’affaiblissement de cet idéal au xviie siècle ? Toutes ces questions devront être abordées dans ce colloque.

 

Exaltée, désirée, dénigrée, la gloire est donc fortement présente dans les préoccupations des hommes et des femmes du xviie siècle. Elle permet de formuler des questions essentielles concernant le salut éternel de l’homme et, ici-bas, sa place dans le monde et la société. Le colloque se fixe pour tâche de dégager le contenu de la notion, et d’en voir la place dans l’affirmation de l’État, l’émergence du sujet, et la circulation des idées, des hommes et des images – soit les trois axes du Pôle « Europe du xviie siècle » dont ce colloque pluridisciplinaire permettra d’inaugurer les travaux.

 

Les propositions de communication sont à envoyer avant le 20 juin 2025 à Delphine Amstutz (Delphine.Amstutz@sorbonne-universite.fr), Alice Hennetier (hennetier.alice@gmail.com), Cécile Leduc (cecile.leduc2@gmail.com) et Nicolas Richard (nicolas.richard10@seznam.cz). 

 

Indications bibliographiques

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Bénichou, Paul, Morales du Grand siècle, Paris, Gallimard, 1948.

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Lignereux, Yann et Peters-Custot, Annick (dir.), La gloire impériale du souverain (xiie - xviie siècle) / La gloria imperiale del sovrano (secoli XII - XVII), Basilicate University Press, 2024.

Lilti, Antoine, Figures publiques. L’invention de la célébrité (1750-1850), Paris, Fayard, 2014.

Meyer-Bisch, Gabriel, L’éclat de la gloire ou la raison cachée : études des concepts de gloire et d’honneur dans la philosophie de G.W. Leibniz, thèse de doctorat sous la direction de Gilles Olivo, Université de Caen Normandie, 2022.

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Von Müller, Achatz, Gloria bona fama bonorum. Studien zur sittlichen Bedeutung des Ruhmes in der frühchristlichen und mittelalterlichen Welt, Husum, 1977.

 

Prix de l’Association des amis d’Agrippa d’Aubigné

L’Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné (http://www.agrippadaubigne.org) décerne chaque année un prix doté de 4000 euros (ou deux prix de 2000 euros chacun), pour récompenser un ou plusieurs ouvrages (publiés ou encore inédits s’il s’agit de mémoires de thèse) portant soit directement sur A. d’Aubigné, soit plus largement sur la période traversée ou les grandes questions abordées par l’écrivain saintongeais, et cela sans exclusive de discipline (histoire, lettres, philosophie, etc.) ou de genre (essai, prose narrative, théâtre, poésie, bande-dessinée, etc.). Il peut s’agir d’ouvrages rédigés en français, traduits ou bien même rédigés dans une autre langue. Les supports audio/vidéo (podcast, documentaire, etc.) sont aussi éligibles. Les auteurs dont le travail répondrait à ces critères (publié, diffusé ou soutenu, s’il s’agit d’un mémoire de thèse, en 2024) peuvent candidater directement en l’envoyant (en format PDF pour les imprimés) avant le 30 juin 2025 au président de l’Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné (julien.goeury@sorbonne-universite.fr). Le jury se réserve la possibilité de récompenser un ouvrage n’ayant pas concouru de cette façon, ou bien même de couronner une carrière, voire l'ensemble d'une œuvre.

Le jury est composé en 2025 de six membres du C.A. dont la liste suit :

- Jean-Raymond Fanlo

- Julien Goeury

- Amy Graves

- Cécile Huchard

- Alain Merle d’Aubigné

- Erick Surget

Association des Amis d'Agrippa d'Aubigné Prize

Each year, the Association des Amis d'Agrippa d'Aubigné (http://www.agrippadaubigne.org)  awards a prize of 4,000 euros (or two prizes of 2,000 euros each), in recognition of one or more works (published or unpublished in the case of dissertations) dealing either directly with A. d'Aubigné, or more broadly on the period in which he lived, or the major issues addressed by the Saintongean writer, regardless of discipline (history, literature, philosophy, etc.) or genre (essay, narrative prose, drama, poetry, comic strip, etc.). Works may be written in French, translated or even written in another language. Audio/video media (podcasts, documentaries, etc.) are also eligible. Authors whose work meets these criteria (published, distributed or defended, in the case of a thesis, in 2024) can apply directly by sending it (in PDF format for printed matter) before June 30 2025 to the president of the Association des Amis d'Agrippa d'Aubigné (julien.goeury@sorbonne-universite.fr). The jury reserves the right to award a prize to a work that did not compete in this way, or even to recognize a career or an entire body of work.